Mouvement des colibris

Fin 2011, une amie m’a parlé de Pierre Rabhi et m’a encouragé à lire ce qu’il écrivait. Quelques semaines plus tard, j’ai eu l’occasion de voir ce magnifique poster de la Charte Internationale pour la Terre et l’Humanisme que j’ai rapidement commandé pour afficher dans mon cabinet.

La Charte Internationale pour la Terre et l’Humanisme copiée à partir du site et pour la télécharger rendez-vous sur le site du mouvement des colibris (en cliquant sur le nom)

La Terre et l’Humanité gravement menacées

LE DÉSASTRE DE L’AGRICULTURE CHIMIQUE

L’industrialisation de l’agriculture, avec l’usage massif d’engrais chimiques, de pesticides et de semences hybrides et la mécanisation excessive, a porté gravement atteinte à la terre nourricière et à la culture paysanne. Ne pouvant produire sans détruire, l’humanité s’expose à des famines sans précédent.

DÉCONNEXION ENTRE L’HUMAIN ET LA NATURE

Majoritairement urbaine, la modernité a édifié une civilisation « hors-sol », déconnectée des réalités et des cadences naturelles, ce qui ne fait qu’aggraver la condition humaine et les dommages infligés à la terre.

LE MYTHE DE LA CROISSANCE ILLIMITÉE

Le modèle industriel et productiviste sur lequel est fondé le monde moderne prétend appliquer l’idéologie du « toujours plus » et la quête du profit illimité sur une planète limitée. L’accès aux ressources se fait par le pillage, la compétitivité et la guerre économique entre les individus. Dépendant de la combustion énergétique et du pétrole dont les réserves s’épuisent, ce modèle n’est pas généralisable.

HUMANITAIRE À DÉFAUT D’HUMANISME

Alors que les ressources naturelles sont aujourd’hui suffisantes pour satisfaire les besoins élémentaires de tous, pénuries et pauvreté ne cessent de s’aggraver. Faute d’avoir organisé le monde avec humanisme, sur l’équité, le partage et la solidarité, nous avons recours au palliatif de l’humanitaire. La logique du pyromane-pompier est devenue la norme.

LES PLEINS POUVOIRS DONNÉS À L’ARGENT

Mesure exclusive de prospérité des nations classées selon leur PIB et PNB, l’argent a pris les pleins pouvoirs sur le destin collectif. Ainsi, tout ce qui n’a pas de parité monétaire n’a pas de valeur et chaque individu est oblitéré socialement s’il n’a pas de revenu. Mais si l’argent peut répondre à tous les désirs, il demeure incapable d’offrir la joie, le bonheur d’exister…

Vivre et prendre soin de la vie

INCARNER L’UTOPIE

L’utopie n’est pas la chimère mais le « non lieu » de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d’existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce que nous considérons comme impossible. C’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à incarner en nous-mêmes car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains.

LA TERRE ET L’HUMANISME INDISSOCIABLES

Nous reconnaissons en la terre, bien commun de l’humanité, l’unique garante de notre vie et de notre survie. Nous nous engageons en conscience, sous l’inspiration d’un humanisme actif, à contribuer au respect de toute forme de vie et au bien-être et à l’accomplissement de tous les êtres humains. Enfin, nous considérons la beauté, la sobriété, l’équité, la gratitude, la compassion, la solidarité comme des valeurs indispensables à la construction d’un monde viable et vivable pour tous.

SOBRIÉTÉ HEUREUSE

Face au « toujours plus » qui ruine la planète au profit d’une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l’équité.

LE FÉMININ AU COEUR DU CHANGEMENT

La subordination du féminin à un monde masculin outrancier et violent demeure l’un des grands handicaps à l’évolution positive du genre humain. Les femmes sont plus enclines à protéger la vie qu’à la détruire. Il nous faut rendre hommage aux femmes, gardiennes de la vie, et écouter le féminin qui existe en chacun d’entre nous.

UNE AUTRE ÉDUCATION

Nous souhaitons de toute notre raison et de tout notre cœur une éducation qui ne se fonde pas sur l’angoisse de l’échec mais sur l’enthousiasme d’apprendre. Qui abolisse le « chacun pour soi » pour exalter la puissance de la solidarité et de la complémentarité. Qui mette les talents de chacun au service de tous. Une éducation qui équilibre l’ouverture de l’esprit aux connaissances abstraites avec l’intelligence des mains et la créativité concrète. Qui relie l’enfant à la nature à laquelle il doit et devra toujours sa survie et qui l’éveille à la beauté et à sa responsabilité à l’égard de la vie. Car tout cela est essentiel à l’élévation de sa conscience.

RELOCALISATION DE L’ÉCONOMIE

Produire et consommer localement s’impose comme une nécessité absolue pour la sécurité des populations à l’égard de leurs besoins élémentaires et légitimes. Sans se fermer aux échanges complémentaires, les territoires deviendraient alors des berceaux autonomes valorisant et soignant leurs ressources locales. Agriculture à taille humaine, artisanat, petits commerces… devraient être réhabilités afin que le maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l’économie.

L’AGROÉCOLOGIE, ALTERNATIVE INDISPENSABLE

De toutes les activités humaines, l’agriculture est la plus indispensable car aucun être humain ne peut se passer de nourriture. L’agroécologie que nous préconisons comme éthique de vie et technique agricole permet aux populations de regagner leur autonomie, sécurité et salubrité alimentaires tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers.

Lors d’une soirée débat en juin 2015, j’ai eu l’occasion de rencontrer Cyril Dion, membre du cercle de pilotage du mouvement des colibris. Au cours de l’échange personnel que j’ai pu avoir avec lui, il m’a alors parlé de son film Demain réalisé avec Mélanie Clément qui est un condensé d’initiative positive au travers le monde.

Pour vous parler du film Demain, je partage, avec son accord, le texte de Véronique Guérin publié le 26 décembre 2015 sur fb :
“N’allez pas voir le film Demain juste pour qu’il reste plus longtemps dans les salles, allez le voir parce que c’est une puissante médecine pour reprendre des points de vie.

Hier, je suis allée le voir ce film au drôle de titre Demain, que c’est presque difficile d’y aller aujourd’hui et encore plus hier, que ça met des malentendus dans les conversations et que, presque on irait pas parce que ça serait plus simple d’y aller demain…
Un peu à reculons, genre acte militant parce que les gens disent que ce serait bien qu’il reste dans les salles de ciné quelques semaines au moins. Peur de m’ennuyer, de prendre une leçon de morale, de culpabiliser un peu plus. Du style, y a quelques fêlés qui croient encore que le paquebot va éviter l’iceberg alors qu’on prend déjà sacrément l’eau. Bon, j’y suis, 2 heures à passer. Pas la mer à boire. Et puis, c’est bon d’aller au ciné avec mon fils. Je lui avais proposé Starwars mais c’est lui qui a insisté pour Demain. Le monde à l’envers ! Notation 4,7 sur AlloCiné. Intrigant, m’a-t-il dit. C’est parti !

Des les premières minutes, je me sens partir en voyage, un voyage dans le monde des Vivants, de ceux qui se sont ébroués et ont laissé tombé le manteau du pessimisme et de la croyance que ce sont les autres, les puissants, les méchants qui dirigent le monde. Ils parlent à peine des problèmes ou plutôt quand ils en parlent, c’est le sourire aux lèvre et les yeux pétillants, juste pour se souvenir que ca a été l’électrochoc de leur réveil : scandale politique financier en Islande, arrêt de l’industrie automobile à Détroit, les castes en Inde… Et là, ils racontent, sans colère et sans haine (quel ennemi ?), sans plaintes ni rancœur, leurs prise de conscience et la réalisation progressive de leurs visions. Des initiatives individuelles qui deviennent contagieuses et se déploient, des graines qui germent, improbables et pourtant. Touchantes d’humilité et d’optimisme, ces deux femmes qui organisent une première réunion en espérant avoir 5 personnes et se retrouvent à 50 ! Je sens le corps se redresser (le leur, le mien ?), les molécules se réveiller, l’esprit se désembuer, les cœurs battre, l’imagination se déployer. J’écoute avec de plus en plus d’attention, j’en veux encore de cette médecine qui dissout les griefs et le sentiment d’impuissance, qui nourrit la conscience que mes pensées et mes actes ont un impact, qui me relie. Ce sont simplement l’action des neurones miroirs, me dis-je pour tenter de garder pied. Je suis en fait profondément émue. Mon cœur s’ouvre. Envie de me lever, de traverser l’écran pour les suivre, les entendre jusque dans mes entrailles, faire ce qu’ils disent et laisser le temps à l’élixir de vie de se diffuser. Leurs regards sont emplis d’une sérénité rassurante, je suis telle une enfant qui vient se ressourcer dans les bras de celles et ceux qui disent Oui à l’appel de la Vie. Cette vie qui me prend par la peau du cou, avec puissance et tendresse, et me murmure « Eveille-toi ! Vois la beauté de la diversité de la planète, vois la beauté de la diversité des humains, vois ta propre beauté. » Je m’ébroue à mon tour. Vivante.

Aucune culpabilité mais responsable. Non plus tournée vers le passé. Mais tournée vers Demain qui se dessine aujourd’hui.
Ils ont parlé de quoi déjà ? Ils suivaient le fil qui se déroulait dans ma tête : L’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie, l’éducation, ouvrant des pistes d’action à chacune de mes questions. Fière de ce que j’ai déjà mis en œuvre et confiante dans les prochains pas qui se dessinent. Non plus comme un mur à abattre. Mais comme des voiles qui se lèvent. Des regards qui se croisent. Des mains qui se tendent. Des voix qui chantent. Des idées dont je n’ai même pas idée…
J’ai envie. En Vie. Curieuse. Créative.
C’est maintenant. C’est en moi. Avec vous. C’est bon de vous sentir à mes côtés.
N’allez pas voir ce film juste pour qu’il reste dans les salles, allez-y parce que ce film est une puissante médecine pour s’ouvrir au Vivant, entendre et mettre en œuvre le monde de Demain.
Gratitude à Mélanie Laurent et Cyril Dion, gratitude à toutes celles et ceux qui s’ébrouent, enlèvent leurs manteaux de souffrance et se laissent inspirer par la vie pour œuvrer maintenant.”

En parlant du mouvement des colibris et de Cyril Dion, je trouve tout naturel de parler du magazine Kaizen que ce dernier a co-fondé avec Yvan Saint-Jours. Ce magazine regroupe des articles entièrement positifs.

kaizenPour vous parler de Kaizen, je reprends les termes du site Citoyens du Monde :
“Kaizen est le magazine d’une nouvelle société déjà en marche, pour découvrir, vous informer et partager les sujets qui vous animent au quotidien ! ….
Kaizen choisit de donner la parole au grand mouvement social qui s’organise en silence, hors du champ des caméras, transformant en profondeur nos sociétés. Il met l’éclairage sur ces initiatives pionnières qui nous offrent de véritables raisons de croire en l’avenir et donne des pistes concrètes pour se mettre en action. ….
Kaizen kesaco ?
Kaizen est un mot japonais qui signifie “changement bon”. Mais c’est également une méthode : celle de l’amélioration continue. La perspective de changer brutalement réveille nos peurs et attise nos résistances. Commencer par un petit pas, puis en faire un second et se mettre alors en marche, chaque jour, peut nous conduire à de grandes transformations.”